Externalités et biens publics
Fil conducteur
Le four de Léa rejette du CO₂ qu'elle ne paie pas. L'éclairage de la rue, lui, profite à sa vitrine sans qu'elle ait rien à débourser.
En une phrase
Le marché échoue lorsque certains coûts ou bénéfices ne passent pas par les prix (EXTERNALITÉS) ou lorsqu’un bien profite à tous sans qu’on puisse exclure ceux qui ne paient pas (BIENS PUBLICS).
Le marché fonctionne mal quand certains coûts ou avantages n’apparaissent dans aucun prix, ou quand un bien profite à tout le monde sans qu’on puisse faire payer chacun.
Pourquoi c'est important
Ces défaillances justifient l’intervention publique : taxe carbone, normes, subventions à la recherche, financement par l’impôt de la défense ou de l’éclairage public. Elles sont au cœur de la question climatique, le plus grand exemple d’externalité négative.
Ces défauts du marché expliquent pourquoi l’État intervient : taxe carbone, normes, aides à la recherche, défense et éclairage payés par l’impôt. Le climat en est le plus grand exemple.
Comment ça marche
- Une EXTERNALITÉ NÉGATIVE est un coût imposé à des tiers sans compensation (pollution, bruit) : le bien est alors trop produit, car son prix ne reflète pas son coût pour la société.
- Une EXTERNALITÉ POSITIVE est un bénéfice procuré à des tiers sans rémunération (vaccination, recherche, rénovation d’une façade) : le bien est sous-produit.
- Un BIEN PUBLIC est non rival (ma consommation ne réduit pas la tienne) et non excluable (on ne peut pas empêcher quelqu’un d’en profiter). Chacun a intérêt à laisser payer les autres : c’est le PASSAGER CLANDESTIN, et le marché ne le produit pas assez.
- Remèdes : taxer l’externalité négative à hauteur du dommage (taxe pigouvienne), créer un marché de droits à polluer, fixer des normes, subventionner les externalités positives, financer les biens publics par l’impôt.
- Une externalité négative, c’est un coût que tu imposes à d’autres sans les payer (pollution, bruit). Comme il n’est pas dans le prix, on en produit trop.
- Une externalité positive, c’est un avantage que tu offres à d’autres sans être payé (se vacciner, faire de la recherche, rénover sa façade). Comme personne ne te paie, on en produit trop peu.
- Un bien public profite à tous en même temps, et personne ne peut en être privé (l’éclairage d’une rue, la défense). Chacun préfère laisser payer les autres : c’est le « passager clandestin ». Le marché n’en produit pas assez.
- Les solutions : taxer la pollution à hauteur des dégâts, créer un marché de permis de polluer, imposer des normes, aider ce qui profite à tous, payer les biens publics avec l’impôt.
Exemple concret
Le marché européen du carbone (EU ETS) oblige les grandes installations industrielles à détenir un quota par tonne de CO₂ émise. Les quotas s’échangent : une entreprise qui réduit ses émissions peut revendre les siens. Le prix du quota rend le coût de la pollution visible dans les calculs des entreprises. Le four de Léa, trop petit, n’y est pas soumis, mais le prix de son électricité et de ses livraisons le répercute en partie.
Le marché européen du carbone oblige les grandes usines à acheter un « permis » pour chaque tonne de CO₂ qu’elles rejettent. Ces permis s’échangent : une usine qui pollue moins peut revendre les siens. Le prix du permis fait apparaître le coût de la pollution dans les comptes. Le four de Léa est trop petit pour être concerné. Mais elle en paie une partie à travers son électricité et ses livraisons.
Vocabulaire
- Externalité : Effet d’une activité sur des tiers, positif ou négatif, qui n’est pas pris en compte par le marché.
- Bien public : Bien non rival et non excluable (défense, phare, éclairage public).
- Passager clandestin : Agent qui profite d’un bien sans contribuer à son financement, en comptant sur les autres.
- Taxe pigouvienne : Taxe égale au coût de l’externalité négative, qui fait payer au pollueur le dommage qu’il cause.
- Externalité : L’effet d’une activité sur d’autres personnes, bon ou mauvais, qui n’apparaît dans aucun prix.
- Bien public : Un bien que tout le monde peut utiliser en même temps et dont on ne peut priver personne (défense, phare, éclairage des rues).
- Passager clandestin : Quelqu’un qui profite d’un bien sans le payer, en comptant sur les autres.
- Taxe pigouvienne : Une taxe égale aux dégâts causés, qui fait payer au pollueur ce qu’il coûte aux autres.
Les chiffres à connaître
- ≈ 84 € la tonne : prix du quota de CO₂ sur le marché européen du carbone début septembre 2026 (après un pic au-dessus de 92 € en janvier). La Lettre du Carbone, septembre 2026.
- 1er janvier 2026 : entrée en phase définitive du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE (MACF), qui fait payer le carbone contenu dans certaines importations (acier, ciment, aluminium, engrais…). Règlement (UE) 2023/956.
- ≈ 84 € la tonne : le prix du permis de rejeter une tonne de CO₂ en Europe début septembre 2026 (il avait dépassé 92 € en janvier). La Lettre du Carbone, septembre 2026.
- 1er janvier 2026 : l’Europe commence à faire payer vraiment le carbone contenu dans certaines importations (acier, ciment, aluminium, engrais…). C’est le « mécanisme d’ajustement carbone aux frontières ». Règlement (UE) 2023/956.
Ce qu'en disent les économistes
Arthur Cecil Pigou (1920) propose de taxer les externalités négatives. Ronald Coase (1960) montre que, si les droits de propriété sont clairs et la négociation peu coûteuse, les parties peuvent régler l’externalité entre elles. Elinor Ostrom (Nobel 2009) montre que des communautés savent gérer durablement des ressources communes sans État ni marché.
Arthur Cecil Pigou (1920) propose de taxer les pollueurs. Ronald Coase (1960) montre que, si on sait clairement qui a droit à quoi et que discuter coûte peu, les gens peuvent régler le problème entre eux. Elinor Ostrom (prix Nobel 2009) montre que des communautés savent gérer des ressources partagées sans l’État ni le marché.
Piège / à ne pas confondre
« Bien public » ne veut pas dire « bien produit par l’État ». Un bien public est défini par ses caractéristiques (non rival, non excluable), pas par son producteur. La SNCF ou La Poste produisent des biens privés ; une association peut produire un bien public.
« Bien public » ne veut pas dire « fait par l’État ». C’est un bien que tout le monde utilise en même temps et dont on ne peut exclure personne, peu importe qui le produit. Un billet de train est un bien privé ; une association peut produire un bien public.
Pour anticiper
Le prix du carbone et l’extension du mécanisme aux frontières vont peser sur les coûts de l’industrie, du transport et du chauffage dans les années qui viennent : le système d’échange élargi aux bâtiments et au transport routier (« ETS 2 ») est prévu en Europe. Les secteurs très émetteurs doivent investir ou voir leurs coûts monter.
Le prix du carbone et la taxe aux frontières vont faire monter les coûts de l’industrie, du transport et du chauffage dans les années qui viennent. L’Europe prévoit d’étendre le système aux bâtiments et au transport routier (« ETS 2 »). Les secteurs qui polluent beaucoup devront investir, ou voir leurs coûts grimper.
À retenir
Externalité négative → surproduction ; positive → sous-production. Bien public = non rival + non excluable → passager clandestin. Remèdes : taxe pigouvienne, marché de quotas, normes, subventions, impôt.
Quand on pollue sans payer, on produit trop. Quand on rend service sans être payé, on produit trop peu. Un bien que tout le monde utilise sans pouvoir être exclu attire les resquilleurs. Solutions : taxe, permis de polluer, normes, aides, impôt.