← Microéconomie : marchés et prixFiche de révision

Fiche de révision

Tous les « À retenir » du cours, dans l'ordre du plan : l'essentiel à garder sous la main.

Rareté, choix et coût d'opportunité

Partie I — Les marchés et les prix · A. Le raisonnement économique

Fil conducteur

Léa ouvre sa boulangerie à Rennes. Elle dispose d'un four, de deux bras en plus des siens (Karim, son apprenti) et de journées de quatorze heures. Chaque fournée de gâteaux qu'elle lance est une fournée de pain qu'elle ne fera pas.

En une phrase

L’économie étudie la façon dont des agents font des choix sous contrainte de RARETÉ : toute ressource utilisée à une fin ne l’est pas à une autre, et ce renoncement est le vrai coût d’une décision.

Pourquoi c'est important

Sans rareté, pas de problème économique : si tout était disponible sans limite, il n’y aurait ni prix, ni choix, ni arbitrage. C’est parce que les besoins dépassent les moyens qu’il faut décider quoi produire, comment et pour qui. Cette grille de lecture s’applique à un ménage, à une entreprise comme à un État.

Comment ça marche

  • Une ressource est rare lorsqu’elle est disponible en quantité inférieure aux besoins qu’on voudrait satisfaire avec elle : temps, travail, capital, terre, énergie.
  • Tout choix implique un ARBITRAGE entre plusieurs usages possibles de la même ressource.
  • Le COÛT D’OPPORTUNITÉ d’un choix est la valeur de la meilleure option à laquelle on renonce. Il ne se limite pas à la dépense monétaire : il inclut le temps et les revenus perdus.
  • La frontière des possibilités de production représente toutes les combinaisons maximales que l’on peut produire avec des ressources données. Se déplacer le long de la frontière révèle le coût d’opportunité ; être en dessous signifie qu’on gaspille ; aller au-delà est impossible sans plus de ressources ou de meilleures techniques.
  • Les coûts déjà engagés et irrécupérables (« coûts irrécupérables ») ne doivent pas peser sur une décision future : seuls comptent les coûts et gains à venir.
Frontière des possibilités de productionPain (fournées)GâteauxA : efficaceB : gaspillageC : hors d'atteintefrontière
Frontière des possibilités de production. Chaque point de la courbe est une façon d'utiliser au mieux le four. Passer de A vers plus de gâteaux oblige à renoncer à du pain : c'est le coût d'opportunité.

Exemple concret

Tom, le fils de Léa, hésite entre un master de deux ans et un emploi payé 1 900 € net par mois. Le coût du master n’est pas seulement de 4 000 € de frais d’inscription : c’est aussi environ 45 600 € de salaires non perçus sur deux ans. C’est ce total qu’il doit comparer au supplément de revenu qu’il espère ensuite.

Vocabulaire

  • Rareté : Situation où une ressource est disponible en quantité insuffisante pour satisfaire tous les usages souhaités. Fondement de toute l’analyse économique.
  • Coût d’opportunité : Valeur de la meilleure alternative sacrifiée lorsqu’on fait un choix.
  • Arbitrage : Choix entre plusieurs usages concurrents d’une ressource limitée, en comparant avantages et coûts.
  • Coût irrécupérable : Dépense déjà engagée qu’aucune décision future ne permet de récupérer ; elle ne doit pas influencer le choix.

Les chiffres à connaître

  • 17,9 % : part du revenu disponible que les ménages français ont épargnée en 2025, donc renoncé à consommer tout de suite. INSEE, comptes de la Nation 2025.
  • 1 714,1 Md€ : dépenses publiques françaises en 2025 (57,2 % du PIB). Chaque euro affecté à un poste ne l’est pas à un autre. INSEE, mars 2026.

Ce qu'en disent les économistes

Lionel Robbins (1932) définit l’économie comme « la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre des fins et des moyens rares à usages alternatifs ». Frédéric Bastiat, dès 1850, invitait à distinguer « ce qu’on voit » (la dépense) de « ce qu’on ne voit pas » (ce qu’elle a empêché) : c’est l’intuition du coût d’opportunité.

Piège / à ne pas confondre

Gratuit ne veut pas dire sans coût. Un service public gratuit à l’usage est payé par l’impôt, et une heure passée à attendre une place gratuite a un coût d’opportunité. Autre piège : continuer un projet parce qu’on y a « déjà trop investi » est l’erreur des coûts irrécupérables.

Pour anticiper

Quand un gouvernement annonce une dépense nouvelle, la question utile est : que finance-t-on en moins, ou quelle hausse d’impôt ou de dette l’accompagne ? Quand une entreprise investit massivement dans un domaine (l’intelligence artificielle, par exemple), regarde ce qu’elle cesse de financer.

À retenir

Rareté → choix → coût d’opportunité. Le coût d’une décision est ce à quoi on renonce, pas seulement ce qu’on paie. Les coûts passés et irrécupérables ne comptent pas.

Raisonner à la marge

Partie I — Les marchés et les prix · A. Le raisonnement économique

Fil conducteur

Léa se demande si elle doit ouvrir aussi le dimanche après-midi. La question n'est pas « la boulangerie est-elle rentable ? » mais « ces quatre heures de plus rapportent-elles plus qu'elles ne coûtent ? ».

En une phrase

Les décisions économiques se prennent à la MARGE : on compare le gain et le coût d’une unité supplémentaire, et l’on continue tant que le gain marginal dépasse le coût marginal.

Pourquoi c'est important

La moyenne trompe. Une activité peut être rentable en moyenne alors que sa dernière heure fait perdre de l’argent, et inversement. Le raisonnement marginal explique pourquoi les prix, les salaires et les quantités s’ajustent par petites touches, et il sert d’outil de décision dans la vie courante.

Comment ça marche

  • Le COÛT MARGINAL est le coût de la dernière unité produite ; la RECETTE MARGINALE ce qu’elle rapporte. Un producteur rationnel produit jusqu’au point où les deux s’égalisent.
  • L’UTILITÉ MARGINALE est la satisfaction apportée par la dernière unité consommée. Elle est en général décroissante : le troisième croissant du matin fait moins plaisir que le premier.
  • Les RENDEMENTS DÉCROISSANTS : si l’on ajoute toujours plus d’un facteur (du travail) à une quantité fixe d’un autre (un four), chaque unité supplémentaire produit de moins en moins.
  • Un consommateur répartit son budget de façon qu’un euro supplémentaire lui apporte la même satisfaction, quel que soit le bien acheté.

Exemple concret

Ouvrir le dimanche après-midi coûte à Léa 180 € (salaire majoré de Karim, électricité, invendus). Si ces quatre heures rapportent 250 € de marge sur les ventes, elle a intérêt à ouvrir, même si sa boulangerie perdait de l’argent sur l’ensemble du mois. Si elles ne rapportent que 150 €, elle doit rester fermée, même si sa boulangerie est très rentable par ailleurs.

Vocabulaire

  • Marginal : Relatif à la dernière unité (produite, consommée, travaillée). S’oppose à « moyen ».
  • Utilité marginale décroissante : Principe selon lequel chaque unité supplémentaire d’un bien procure une satisfaction moindre que la précédente.
  • Rendements décroissants : Baisse de la production supplémentaire obtenue lorsqu’on accroît un facteur de production en laissant les autres fixes.

Les chiffres à connaître

  • 12,31 € : SMIC horaire brut depuis le 1er juin 2026. C’est le coût marginal minimum d’une heure de travail salarié, hors cotisations patronales. Code du travail, revalorisation automatique du 1er juin 2026.
  • + 25 % : majoration légale des huit premières heures supplémentaires de la semaine, à défaut d’accord collectif (qui peut la ramener jusqu’à 10 %). L’heure « en plus » coûte plus cher. Code du travail, art. L3121-33 et L3121-36.

Ce qu'en disent les économistes

La « révolution marginaliste » des années 1870, portée par Jevons, Menger et Walras, fonde l’économie moderne : la valeur d’un bien ne vient pas du travail qu’il contient, mais de l’utilité de sa dernière unité. Elle résout le paradoxe de l’eau et du diamant : l’eau est vitale mais abondante, donc son utilité marginale est faible.

Piège / à ne pas confondre

Coût marginal et coût moyen ne vont pas toujours ensemble. Avec de gros coûts fixes (un logiciel, une ligne de métro), le coût marginal peut être quasi nul alors que le coût moyen est élevé. Ne pas en conclure que le produit « ne coûte rien ».

Pour anticiper

Face à une hausse du prix de l’énergie ou du SMIC, les entreprises n’arrêtent pas tout : elles ajustent à la marge (horaires, dernière embauche, dernier produit de la gamme). Les premiers signaux d’un ralentissement se lisent donc dans les heures travaillées et l’intérim avant les licenciements.

À retenir

Décider, c’est comparer gain marginal et coût marginal. Utilité marginale et rendements sont décroissants. La moyenne ne dit pas s’il faut faire une unité de plus.

L'offre, la demande et le prix d'équilibre

Partie I — Les marchés et les prix · B. Le marché

Fil conducteur

En mars 2026, le prix du blé grimpe et le meunier de Léa augmente sa farine. Au même moment, un salon s'installe à Rennes et les clients affluent. Deux chocs, deux courbes qui bougent.

En une phrase

Sur un marché concurrentiel, le prix s’ajuste jusqu’au niveau où la quantité que les acheteurs veulent acheter égale celle que les vendeurs veulent vendre : c’est le prix d’ÉQUILIBRE.

Pourquoi c'est important

Le prix est un signal : il transmet en une seule donnée une information dispersée entre des millions de personnes (un gel en Beauce, une mode, un nouveau concurrent). Comprendre ce mécanisme permet de prévoir l’effet d’un choc, d’une taxe ou d’un prix plafond sur les quantités et les prix.

Comment ça marche

  • La DEMANDE diminue quand le prix monte : à prix élevé, les acheteurs achètent moins ou se tournent vers des substituts.
  • L’OFFRE augmente quand le prix monte : un prix élevé rend rentable la production de davantage d’unités.
  • Au-dessus du prix d’équilibre, l’offre excède la demande (surplus, invendus) et le prix baisse ; en dessous, la demande excède l’offre (PÉNURIE) et le prix monte.
  • Un changement du prix fait se déplacer LE LONG des courbes ; un changement d’un autre facteur (revenu, goûts, coût des intrants, météo) DÉPLACE la courbe entière et crée un nouvel équilibre.
  • Un prix plafond fixé sous l’équilibre crée une pénurie et des files d’attente ; un prix plancher fixé au-dessus crée des excédents.
Hausse de la demande : la courbe se déplace, le prix d'équilibre montePrixQuantitéOffreDD′P1P2
Hausse de la demande : la courbe se déplace, le prix d'équilibre monte. Quand la demande augmente (de D à D′) sans que l'offre change, le point d'équilibre monte : prix plus élevé et quantité échangée plus grande.

Exemple concret

La hausse du blé renchérit la farine : pour Léa, produire coûte plus cher, la courbe d’offre de pain se déplace vers le haut. L’afflux de visiteurs du salon, lui, déplace la demande vers la droite. Les deux chocs poussent le prix de la baguette dans le même sens : vers le haut. Sur la quantité vendue, en revanche, ils jouent en sens contraire et l’effet final dépend de leur force respective.

Vocabulaire

  • Loi de l’offre et de la demande : Mécanisme par lequel le prix d’un bien s’ajuste pour égaliser quantités offertes et demandées.
  • Prix d’équilibre : Prix pour lequel la quantité offerte égale la quantité demandée ; le marché est alors « soldé ».
  • Pénurie : Situation où la quantité demandée dépasse la quantité offerte au prix pratiqué.
  • Substitut : Bien qui peut en remplacer un autre pour le même usage (le train et la voiture). Si le prix de l’un monte, la demande de l’autre augmente.

Les chiffres à connaître

  • ≈ 63 $ → près de 100 $ : prix du baril de pétrole Brent entre fin 2025 et mars 2026, après le déclenchement du conflit au Moyen-Orient et les perturbations du détroit d’Ormuz. Un choc d’offre typique. INSEE, Note de conjoncture, 24 mars 2026.
  • + 28,7 % : hausse sur un an des prix des produits pétroliers en France en août 2026. INSEE, indice des prix à la consommation, août 2026.

Ce qu'en disent les économistes

Alfred Marshall (1890) compare l’offre et la demande aux deux lames d’une paire de ciseaux : se demander laquelle fixe le prix revient à se demander quelle lame coupe le papier. Friedrich Hayek (1945) insiste sur le rôle du prix comme transmetteur d’information qu’aucun planificateur ne pourrait rassembler.

Piège / à ne pas confondre

Ne pas confondre « la demande augmente » (la courbe se déplace, à tout prix on achète plus) et « la quantité demandée augmente » (on glisse le long de la courbe parce que le prix a baissé). Et un prix qui monte ne dit pas à lui seul si c’est l’offre qui baisse ou la demande qui monte : il faut regarder les quantités.

Pour anticiper

Devant une flambée de prix, cherche d’abord la cause : choc d’offre (récolte, guerre, grève, blocage d’une route commerciale) ou choc de demande (reprise, mode, subvention) ? Un choc d’offre fait monter les prix et baisser les quantités ; un choc de demande fait monter les deux. Les politiques à mener ne sont pas les mêmes.

À retenir

Demande décroissante, offre croissante, équilibre au croisement. Prix qui change : on glisse sur la courbe. Autre facteur qui change : la courbe se déplace. Prix plafond → pénurie ; prix plancher → excédent.

L'élasticité : qui réagit, et de combien

Partie I — Les marchés et les prix · B. Le marché

Fil conducteur

Léa augmente sa baguette de 10 centimes et ne perd presque aucun client. Elle augmente ses tartes aux fraises d'un euro et les ventes s'effondrent : la pâtisserie d'à côté en fait d'aussi bonnes.

En une phrase

L’ÉLASTICITÉ mesure la sensibilité d’une quantité à la variation d’un prix ou d’un revenu : c’est le pourcentage de variation de la quantité divisé par le pourcentage de variation du prix.

Pourquoi c'est important

Toutes les demandes ne réagissent pas pareil. Savoir si une demande est élastique dit à une entreprise si une hausse de prix augmentera ou diminuera son chiffre d’affaires, et à l’État qui supportera réellement une taxe. C’est aussi ce qui explique pourquoi une petite baisse de production de pétrole fait exploser son prix.

Comment ça marche

  • Élasticité-prix = (variation en % de la quantité demandée) ÷ (variation en % du prix). Elle est normalement négative ; on raisonne souvent sur sa valeur absolue.
  • Valeur absolue supérieure à 1 : demande ÉLASTIQUE, les acheteurs réagissent fortement ; une hausse de prix fait baisser la recette totale.
  • Valeur absolue inférieure à 1 : demande INÉLASTIQUE ; une hausse de prix fait augmenter la recette totale.
  • Une demande est d’autant moins élastique que le bien est nécessaire, sans substitut proche, et qu’il pèse peu dans le budget ; elle devient plus élastique à long terme, quand les acheteurs ont le temps de s’adapter.
  • L’INCIDENCE FISCALE : une taxe est supportée surtout par le côté du marché le moins élastique, quel que soit celui qui la verse au fisc.

Exemple concret

Baguette : +10 % de prix, −2 % de ventes. Élasticité de −0,2 : demande inélastique, la recette de Léa augmente d’environ 8 %. Tarte aux fraises : +20 % de prix, −40 % de ventes. Élasticité de −2 : demande élastique, la recette chute d’environ 28 %. Même boutique, même clientèle, deux comportements opposés.

Vocabulaire

  • Élasticité-prix : Rapport entre la variation relative de la quantité demandée et la variation relative du prix.
  • Demande inélastique : Demande peu sensible au prix (valeur absolue de l’élasticité inférieure à 1) : carburant, tabac, médicaments à court terme.
  • Élasticité-revenu : Sensibilité de la demande au revenu. Supérieure à 1 pour les biens de luxe, négative pour les biens « inférieurs » que l’on délaisse quand on s’enrichit.
  • Incidence fiscale : Répartition effective du poids d’une taxe entre acheteurs et vendeurs, qui dépend de leurs élasticités.

Les chiffres à connaître

  • + 16,7 % : hausse sur un an des prix de l’énergie en France en août 2026, alors que l’inflation d’ensemble n’était que de 2,4 % : la demande d’énergie, peu élastique à court terme, laisse passer les chocs de prix. INSEE, août 2026.
  • 5,4 millions de voitures d’occasion vendues en France en 2025, contre 1,63 million de voitures neuves : face au prix élevé du neuf, les ménages se reportent sur un substitut. AAA Data, bilan 2025.

Ce qu'en disent les économistes

Alfred Marshall formalise l’élasticité en 1890. Le « paradoxe de King », observé dès le XVIIe siècle, en découle : une mauvaise récolte peut enrichir les agriculteurs, car la demande de blé est si inélastique que la hausse du prix compense largement la baisse des volumes.

Piège / à ne pas confondre

Pente et élasticité ne sont pas la même chose : l’élasticité raisonne en pourcentages, et une même droite de demande est élastique en haut et inélastique en bas. Autre piège : taxer « les entreprises » ne veut pas dire qu’elles paieront. Si leurs clients sont captifs, la taxe sera reportée dans les prix.

Pour anticiper

Quand une taxe nouvelle est annoncée (sur les carburants, les billets d’avion, les sodas), demande-toi qui peut l’éviter. Les acheteurs sans alternative la paieront. Et devant un choc sur un bien essentiel peu élastique (énergie, alimentation de base), attends-toi à des hausses de prix fortes et rapides, puis à une adaptation plus lente des comportements.

À retenir

Élasticité = % quantité ÷ % prix. Au-delà de 1 en valeur absolue : élastique, hausse de prix = baisse de recette. En dessous : inélastique, hausse de prix = hausse de recette. La taxe pèse sur le côté le moins élastique.

Concurrence, monopole, oligopole

Partie I — Les marchés et les prix · B. Le marché

Fil conducteur

Pour son pain, Léa a cinq concurrents dans le quartier : elle ne peut pas fixer son prix à sa guise. Pour son électricité et ses sacs de farine bio, elle n'a guère le choix du fournisseur.

En une phrase

La structure d’un marché, c’est-à-dire le nombre et la taille des vendeurs, détermine leur POUVOIR DE MARCHÉ : leur capacité à fixer un prix supérieur à leur coût sans perdre tous leurs clients.

Pourquoi c'est important

Plus un marché est concentré, plus les prix risquent d’être élevés et l’innovation lente. C’est la raison d’être du droit de la concurrence et de l’Autorité de la concurrence. Comprendre la structure d’un secteur aide à expliquer ses prix, ses marges et ses réactions aux chocs.

Comment ça marche

  • CONCURRENCE PARFAITE : très nombreux vendeurs, produit identique, information complète, libre entrée. Chaque vendeur est « preneur de prix » ; le prix tend vers le coût marginal et les profits exceptionnels disparaissent.
  • MONOPOLE : un seul vendeur. Il choisit son prix, produit moins et vend plus cher qu’en concurrence. Certains monopoles sont « naturels » (réseaux) : un seul réseau est moins coûteux que plusieurs.
  • OLIGOPOLE : quelques grands vendeurs interdépendants, chacun surveille les réactions des autres. Risque d’entente tacite ou de cartel.
  • CONCURRENCE MONOPOLISTIQUE : beaucoup de vendeurs, mais des produits différenciés (marque, localisation, qualité), qui donnent à chacun un petit pouvoir de marché.
  • Les barrières à l’entrée (brevets, coûts fixes, réglementation, effets de réseau) protègent le pouvoir de marché des entreprises installées.

Exemple concret

La baguette de quartier relève de la concurrence monopolistique : chaque boulangerie a sa clientèle et sa recette, mais un écart de prix trop fort fait fuir les clients. La grande distribution alimentaire est un oligopole : six enseignes se partagent l’essentiel du marché, et Léa, pour ses fournitures, négocie face à des centrales d’achat très puissantes.

Vocabulaire

  • Concurrence parfaite : Modèle théorique de marché où aucun agent ne peut influencer le prix.
  • Monopole : Marché où un seul vendeur fait face à de nombreux acheteurs.
  • Oligopole : Marché dominé par un petit nombre de vendeurs interdépendants.
  • Pouvoir de marché : Capacité d’une entreprise à fixer un prix supérieur à son coût marginal de façon durable.
  • Entente : Accord, écrit ou tacite, entre concurrents pour limiter la concurrence (fixer les prix, se partager les clients). Interdite et sanctionnée.

Les chiffres à connaître

  • 24,4 %, 21,2 %, 17,6 % : parts de marché de Leclerc, Carrefour et Intermarché dans la grande distribution alimentaire ; les cinq premiers groupes pèsent environ 84,5 % du marché. Rapport du Sénat, 17 juin 2026.
  • 379,3 M€ : montant total des sanctions prononcées par l’Autorité de la concurrence en 2025. Autorité de la concurrence, bilan 2025.

Ce qu'en disent les économistes

Adam Smith (1776) observait déjà que des marchands d’une même branche se réunissent rarement sans que la conversation finisse en conspiration contre le public. Joseph Schumpeter (1942) nuance : un monopole temporaire, obtenu par l’innovation, est le moteur de la « destruction créatrice » et donc du progrès.

Piège / à ne pas confondre

Être gros n’est pas interdit ; c’est l’abus de position dominante et l’entente qui le sont. Et un marché avec peu d’acteurs n’est pas forcément peu concurrentiel : deux entreprises qui se livrent une guerre des prix peuvent être très concurrentielles.

Pour anticiper

Dans un secteur très concentré, les hausses de coûts se répercutent plus vite dans les prix, et les baisses plus lentement (« effet fusée et plume »). Surveille aussi les fusions annoncées : elles modifient la structure d’un marché pour des années.

À retenir

Concurrence parfaite : prix = coût marginal. Monopole : moins de production, prix plus élevé. Oligopole : interdépendance et risque d’entente. Les barrières à l’entrée protègent le pouvoir de marché ; l’abus et l’entente sont sanctionnés.

Externalités et biens publics

Partie II — Quand le marché ne suffit pas · A. Les défaillances de marché

Fil conducteur

Le four de Léa rejette du CO₂ qu'elle ne paie pas. L'éclairage de la rue, lui, profite à sa vitrine sans qu'elle ait rien à débourser.

En une phrase

Le marché échoue lorsque certains coûts ou bénéfices ne passent pas par les prix (EXTERNALITÉS) ou lorsqu’un bien profite à tous sans qu’on puisse exclure ceux qui ne paient pas (BIENS PUBLICS).

Pourquoi c'est important

Ces défaillances justifient l’intervention publique : taxe carbone, normes, subventions à la recherche, financement par l’impôt de la défense ou de l’éclairage public. Elles sont au cœur de la question climatique, le plus grand exemple d’externalité négative.

Comment ça marche

  • Une EXTERNALITÉ NÉGATIVE est un coût imposé à des tiers sans compensation (pollution, bruit) : le bien est alors trop produit, car son prix ne reflète pas son coût pour la société.
  • Une EXTERNALITÉ POSITIVE est un bénéfice procuré à des tiers sans rémunération (vaccination, recherche, rénovation d’une façade) : le bien est sous-produit.
  • Un BIEN PUBLIC est non rival (ma consommation ne réduit pas la tienne) et non excluable (on ne peut pas empêcher quelqu’un d’en profiter). Chacun a intérêt à laisser payer les autres : c’est le PASSAGER CLANDESTIN, et le marché ne le produit pas assez.
  • Remèdes : taxer l’externalité négative à hauteur du dommage (taxe pigouvienne), créer un marché de droits à polluer, fixer des normes, subventionner les externalités positives, financer les biens publics par l’impôt.

Exemple concret

Le marché européen du carbone (EU ETS) oblige les grandes installations industrielles à détenir un quota par tonne de CO₂ émise. Les quotas s’échangent : une entreprise qui réduit ses émissions peut revendre les siens. Le prix du quota rend le coût de la pollution visible dans les calculs des entreprises. Le four de Léa, trop petit, n’y est pas soumis, mais le prix de son électricité et de ses livraisons le répercute en partie.

Vocabulaire

  • Externalité : Effet d’une activité sur des tiers, positif ou négatif, qui n’est pas pris en compte par le marché.
  • Bien public : Bien non rival et non excluable (défense, phare, éclairage public).
  • Passager clandestin : Agent qui profite d’un bien sans contribuer à son financement, en comptant sur les autres.
  • Taxe pigouvienne : Taxe égale au coût de l’externalité négative, qui fait payer au pollueur le dommage qu’il cause.

Les chiffres à connaître

  • ≈ 84 € la tonne : prix du quota de CO₂ sur le marché européen du carbone début septembre 2026 (après un pic au-dessus de 92 € en janvier). La Lettre du Carbone, septembre 2026.
  • 1er janvier 2026 : entrée en phase définitive du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE (MACF), qui fait payer le carbone contenu dans certaines importations (acier, ciment, aluminium, engrais…). Règlement (UE) 2023/956.

Ce qu'en disent les économistes

Arthur Cecil Pigou (1920) propose de taxer les externalités négatives. Ronald Coase (1960) montre que, si les droits de propriété sont clairs et la négociation peu coûteuse, les parties peuvent régler l’externalité entre elles. Elinor Ostrom (Nobel 2009) montre que des communautés savent gérer durablement des ressources communes sans État ni marché.

Piège / à ne pas confondre

« Bien public » ne veut pas dire « bien produit par l’État ». Un bien public est défini par ses caractéristiques (non rival, non excluable), pas par son producteur. La SNCF ou La Poste produisent des biens privés ; une association peut produire un bien public.

Pour anticiper

Le prix du carbone et l’extension du mécanisme aux frontières vont peser sur les coûts de l’industrie, du transport et du chauffage dans les années qui viennent : le système d’échange élargi aux bâtiments et au transport routier (« ETS 2 ») est prévu en Europe. Les secteurs très émetteurs doivent investir ou voir leurs coûts monter.

À retenir

Externalité négative → surproduction ; positive → sous-production. Bien public = non rival + non excluable → passager clandestin. Remèdes : taxe pigouvienne, marché de quotas, normes, subventions, impôt.

L'information imparfaite

Partie II — Quand le marché ne suffit pas · A. Les défaillances de marché

Fil conducteur

Léa veut racheter une camionnette d'occasion pour ses livraisons. Le vendeur, lui, sait si l'embrayage est fatigué. Elle non.

En une phrase

Quand un camp en sait plus que l’autre (ASYMÉTRIE D’INFORMATION), le marché peut mal fonctionner, voire disparaître : les bons produits sont chassés par les mauvais, et les comportements changent une fois le contrat signé.

Pourquoi c'est important

Cette défaillance explique l’existence des garanties, des diplômes, des labels, des franchises d’assurance, de l’assurance maladie obligatoire et de la régulation bancaire. Elle est au cœur des crises financières : quand personne ne sait qui détient les actifs toxiques, plus personne ne prête à personne.

Comment ça marche

  • La SÉLECTION ADVERSE survient avant le contrat : l’acheteur ne pouvant distinguer qualité et défaut, il propose un prix moyen ; les vendeurs de bonne qualité se retirent, la qualité moyenne baisse, et le marché peut s’effondrer.
  • L’ALÉA MORAL survient après le contrat : l’agent assuré ou financé prend plus de risques parce qu’il n’en supporte plus toutes les conséquences.
  • Les réponses du marché : signaux (diplôme, garantie, marque), filtrage (questionnaire, franchise), réputation (avis, historique).
  • Les réponses publiques : obligation d’information, assurance obligatoire, contrôle technique, régulation et supervision bancaires.

Exemple concret

Sur le marché de l’occasion, Léa ne peut pas savoir si la camionnette est saine : elle ne propose qu’un prix prudent. Les propriétaires de véhicules en bon état, mal payés, préfèrent ne pas vendre. D’où le contrôle technique obligatoire et le succès des garanties de professionnels. Une fois la camionnette assurée « tous risques », Léa sera peut-être un peu moins prudente en manœuvre : c’est l’aléa moral, que la franchise vient limiter.

Vocabulaire

  • Asymétrie d’information : Situation où l’une des parties à un échange dispose d’informations que l’autre n’a pas.
  • Sélection adverse : Éviction des bons produits ou des bons risques par les mauvais, faute d’information avant le contrat.
  • Aléa moral : Changement de comportement d’un agent après la signature d’un contrat qui le protège des conséquences de ses actes.
  • Signal : Élément coûteux à produire qui permet de révéler une qualité cachée (diplôme, garantie longue).

Les chiffres à connaître

  • 5,4 millions de transactions de voitures d’occasion en France en 2025 : un marché où l’information inégale est la règle, d’où le contrôle technique et les garanties. AAA Data, bilan 2025.
  • 2008 : faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre. Faute de savoir qui détenait des crédits immobiliers douteux, les banques ont cessé de se prêter entre elles. Chronologie de la crise financière.

Ce qu'en disent les économistes

George Akerlof (1970) décrit le « marché des tacots » (lemons) où l’asymétrie fait disparaître les bonnes voitures d’occasion. Michael Spence étudie le signal (le diplôme), Joseph Stiglitz le filtrage et le rationnement du crédit. Tous trois reçoivent le prix Nobel en 2001.

Piège / à ne pas confondre

Sélection adverse = avant le contrat, problème de caractéristiques cachées. Aléa moral = après le contrat, problème d’actions cachées. Les confondre est l’erreur la plus fréquente sur ce sujet.

Pour anticiper

Quand l’incertitude monte sur la solidité des emprunteurs (entreprises fragiles, États très endettés), les prêteurs exigent une prime de risque plus forte ou cessent de prêter. L’écart de taux entre un emprunteur et un emprunteur jugé sûr (le « spread ») est le thermomètre de cette méfiance.

À retenir

Asymétrie d’information → sélection adverse (avant, qualité cachée) et aléa moral (après, action cachée). Réponses : signal, filtrage, réputation, obligation, régulation.

Le marché du travail et les salaires

Partie II — Quand le marché ne suffit pas · B. Un marché pas comme les autres

Fil conducteur

Léa voudrait embaucher un second vendeur. Elle calcule ce que lui coûtera ce poste, charges comprises, et ce qu'il rapportera en ventes supplémentaires le samedi.

En une phrase

Sur le marché du travail, les entreprises demandent du travail tant qu’une heure supplémentaire rapporte plus qu’elle ne coûte ; mais le salaire n’est pas un prix comme un autre : il est encadré par la loi, négocié collectivement, et il fait vivre des ménages.

Pourquoi c'est important

Le salaire est à la fois un revenu (il nourrit la consommation) et un coût (il pèse sur la compétitivité). Ce double visage est au centre des débats sur le SMIC, les cotisations sociales et le pouvoir d’achat. Il détermine aussi la répartition de la valeur ajoutée entre travail et capital.

Comment ça marche

  • La demande de travail vient des entreprises : elle dépend de la PRODUCTIVITÉ du travail et de son COÛT (salaire brut plus cotisations patronales).
  • L’offre de travail vient des ménages : elle dépend du salaire, mais aussi de la démographie, de l’âge de départ à la retraite, des prestations sociales et des préférences.
  • Le salaire minimum (SMIC en France) fixe un plancher. Il protège les bas revenus ; s’il est trop élevé au regard de la productivité des moins qualifiés, il peut réduire leur embauche. D’où les allègements de cotisations sur les bas salaires.
  • Le SALAIRE RÉEL est le salaire nominal corrigé de l’inflation : c’est lui qui mesure le pouvoir d’achat.
  • Sur le long terme, la hausse des salaires réels suit celle de la productivité.

Exemple concret

Un vendeur payé au SMIC coûte à Léa environ 1 867 € brut par mois, plus des cotisations patronales en grande partie allégées à ce niveau de salaire. Si ce vendeur supplémentaire permet de servir 60 clients de plus chaque samedi et d’éviter les files d’attente qui faisaient fuir la clientèle, l’embauche est rentable. Karim, lui, touche environ 1 478 € net : c’est ce qui compte pour son budget.

Vocabulaire

  • Salaire minimum : Rémunération horaire plancher fixée par la loi (SMIC), revalorisée au moins chaque 1er janvier, et automatiquement en cours d’année dès que les prix payés par les ménages modestes ont augmenté d’au moins 2 % depuis la dernière revalorisation.
  • Productivité : Quantité produite par heure ou par personne employée.
  • Coût du travail : Ensemble de ce que paie l’employeur : salaire brut, cotisations patronales, et autres charges liées à l’emploi.
  • Salaire réel : Salaire nominal corrigé de la hausse des prix, mesurant le pouvoir d’achat.

Les chiffres à connaître

  • 12,31 € brut de l’heure, 1 867,02 € brut par mois, environ 1 477,93 € net : SMIC depuis le 1er juin 2026, après une revalorisation automatique de 2,41 % déclenchée par l’inflation. Revalorisation du 1er juin 2026.
  • 8,3 % de chômage au 2e trimestre 2026 (2,7 millions de personnes), en hausse de 0,7 point sur un an ; taux d’emploi des 15-64 ans : 69,0 %. INSEE, août 2026.

Ce qu'en disent les économistes

Pour les néoclassiques, le chômage vient d’un salaire bloqué au-dessus de l’équilibre. David Card et Alan Krueger (1994) montrent pourtant qu’une hausse du salaire minimum dans le New Jersey n’a pas réduit l’emploi dans la restauration rapide, ce qui a relancé le débat (Nobel de Card en 2021). Pour Keynes, le chômage vient d’abord d’une demande insuffisante, pas d’un salaire trop élevé.

Piège / à ne pas confondre

Brut, net et super-brut : le salarié raisonne en net, l’employeur en coût total. Une hausse du SMIC brut ne se traduit donc ni à l’identique sur la fiche de paie, ni à l’identique dans le coût de l’entreprise. Et un salaire nominal qui monte peut cacher un salaire réel qui baisse si l’inflation va plus vite.

Pour anticiper

Surveille l’écart entre hausse des salaires et inflation : s’il est négatif, le pouvoir d’achat recule et la consommation ralentit. C’est ce qui s’est produit au 2e trimestre 2026 (pouvoir d’achat par unité de consommation −0,6 %). Surveille aussi l’intérim et les heures travaillées : ils réagissent avant l’emploi total.

À retenir

Demande de travail = productivité comparée au coût du travail. Salaire = revenu et coût. SMIC : plancher protecteur, débat sur l’emploi peu qualifié. Pouvoir d’achat = salaire réel.