Les politiques conjoncturelles
Fil conducteur
Quand l'activité ralentit, Léa entend deux discours à la radio : « il faut relancer » et « il faut réduire le déficit ». Les deux ont leurs raisons.
En une phrase
Les politiques conjoncturelles cherchent à stabiliser l’activité et les prix à court terme ; elles utilisent le budget de l’État (POLITIQUE BUDGÉTAIRE) et les taux d’intérêt de la banque centrale (POLITIQUE MONÉTAIRE), dont la combinaison forme le POLICY MIX.
Quand l’économie cale ou s’emballe, les pouvoirs publics peuvent agir à court terme avec deux outils : le budget de l’État et les taux d’intérêt de la banque centrale. On parle de « policy mix » pour la combinaison des deux.
Pourquoi c'est important
Ce sont les décisions économiques qui font l’actualité : plan de relance, budget de rigueur, hausse ou baisse des taux. Comprendre leur logique permet de prévoir leurs effets, et de comprendre pourquoi elles sont si difficiles quand un choc fait à la fois ralentir l’activité et monter les prix.
Ce sont les décisions qui font l’actualité : plan de relance, budget d’économies, taux qui montent ou baissent. Comprendre leur logique aide à prévoir leurs effets. Et à comprendre pourquoi c’est si dur quand un choc fait à la fois ralentir l’activité et monter les prix.
Comment ça marche
- POLITIQUE BUDGÉTAIRE : augmenter les dépenses ou baisser les impôts pour soutenir la demande (relance), ou l’inverse pour la freiner et réduire le déficit (rigueur). En France, elle est décidée par le Parlement dans la loi de finances.
- Les STABILISATEURS AUTOMATIQUES jouent sans décision : en récession, les recettes fiscales baissent et les allocations chômage augmentent, ce qui amortit le choc.
- POLITIQUE MONÉTAIRE : la banque centrale baisse ses taux pour encourager le crédit et la dépense, ou les monte pour freiner l’inflation. Dans la zone euro, elle est confiée à la BCE, indépendante, et unique pour les vingt et un pays membres.
- Face à un choc de demande, les deux politiques vont dans le même sens. Face à un choc d’offre (flambée de l’énergie), il y a un dilemme : combattre l’inflation aggrave le ralentissement, soutenir l’activité entretient l’inflation.
- Les politiques structurelles (formation, concurrence, fiscalité, marché du travail) agissent sur le long terme et sur la croissance potentielle.
- Le budget : l’État peut dépenser plus ou baisser les impôts pour soutenir les achats (relance). Ou l’inverse pour les freiner et réduire le déficit (rigueur). En France, c’est le Parlement qui vote le budget chaque année.
- Certains amortisseurs jouent tout seuls : en récession, l’État encaisse moins d’impôts et verse plus d’allocations chômage, ce qui adoucit le choc.
- Les taux : la banque centrale baisse ses taux pour encourager les crédits et les achats, ou les monte pour freiner l’inflation. En zone euro, c’est la BCE qui décide, seule et indépendante, pour les vingt et un pays.
- Si c’est la demande qui s’effondre, les deux outils vont dans le même sens. Si c’est un choc sur les coûts (l’énergie qui flambe), c’est un casse-tête : lutter contre l’inflation aggrave le ralentissement, et soutenir l’activité entretient l’inflation.
- À côté, des réformes de fond (formation, concurrence, impôts, marché du travail) agissent sur la croissance de long terme.
Exemple concret
2026 illustre le dilemme d’un choc d’offre. Le pétrole flambe : l’inflation de la zone euro repart et la croissance ralentit. La BCE choisit de lutter contre l’inflation et relève ses taux de 0,25 point le 10 septembre 2026. Au même moment, la France, dont le déficit reste à plus de 5 % du PIB, n’a guère de marge pour relancer par le budget. Pour Léa, cela signifie un crédit plus cher et des clients qui dépensent moins.
2026 montre bien le casse-tête d’un choc sur les coûts. Le pétrole flambe : l’inflation repart en zone euro et la croissance ralentit. La BCE choisit de combattre l’inflation et monte ses taux de 0,25 point le 10 septembre 2026. En même temps, la France, avec un déficit de plus de 5 % du PIB, n’a presque pas de marge pour relancer avec son budget. Pour Léa, cela veut dire un crédit plus cher et des clients qui dépensent moins.
Vocabulaire
- Politique budgétaire : Utilisation des dépenses et des recettes publiques pour influencer l’activité économique.
- Politique monétaire : Action de la banque centrale sur les taux d’intérêt et la quantité de monnaie pour assurer la stabilité des prix.
- Policy mix : Combinaison des politiques budgétaire et monétaire.
- Stabilisateurs automatiques : Mécanismes budgétaires qui amortissent spontanément les fluctuations (impôts progressifs, allocations chômage).
- Politique budgétaire : Se servir des dépenses et des impôts de l’État pour agir sur l’économie.
- Politique monétaire : L’action de la banque centrale sur les taux d’intérêt et la monnaie, pour garder des prix stables.
- Policy mix : La combinaison des deux politiques, budget et taux.
- Stabilisateurs automatiques : Des mécanismes qui amortissent tout seuls les hauts et les bas (impôts qui baissent quand les revenus baissent, allocations chômage).
Les chiffres à connaître
- 2,50 % : taux de la facilité de dépôt de la BCE à compter du 16 septembre 2026, après une hausse de 0,25 point décidée le 10 septembre. BCE, 10 septembre 2026.
- 5,1 % du PIB : déficit public de la France en 2025 (152,5 Md€), au-dessus de la limite européenne de 3 %. INSEE, mars 2026.
- 21 pays partagent l’euro et la même politique monétaire depuis l’entrée de la Bulgarie le 1er janvier 2026. Banque de France.
- 2,50 % : le taux auquel la BCE rémunère les dépôts des banques depuis le 16 septembre 2026, après une hausse de 0,25 point décidée le 10 septembre. BCE, 10 septembre 2026.
- 5,1 % du PIB : le déficit de la France en 2025 (152,5 Md€), au-dessus de la limite européenne de 3 %. INSEE, mars 2026.
- 21 pays partagent l’euro, donc les mêmes taux, depuis l’arrivée de la Bulgarie le 1er janvier 2026. Banque de France.
Ce qu'en disent les économistes
Pour Keynes et les keynésiens, l’État doit stabiliser activement l’économie. Pour les monétaristes (Friedman) et la « nouvelle économie classique » (Lucas, Nobel 1995), les politiques discrétionnaires sont inefficaces ou nocives, car les agents les anticipent ; mieux vaut des règles stables. Robert Mundell (Nobel 1999) montre que, en changes fixes et capitaux mobiles, la politique budgétaire est plus efficace que la politique monétaire nationale, qui devient impuissante.
Pour Keynes et ses héritiers, l’État doit agir pour lisser les hauts et les bas. Pour Friedman et pour Robert Lucas (prix Nobel 1995), ces interventions marchent mal ou nuisent, car les gens les voient venir. Mieux vaut des règles stables. Robert Mundell (prix Nobel 1999) montre que, quand un pays fixe sa monnaie et que les capitaux circulent librement, le budget marche mieux que les taux, qui ne servent plus à rien au niveau national.
Piège / à ne pas confondre
Un pays de la zone euro ne décide pas de ses taux d’intérêt : son seul levier conjoncturel national est le budget. Et « relance » ne veut pas dire « dépense publique » uniquement : une baisse d’impôts ou de cotisations est aussi une politique budgétaire expansive.
Un pays de la zone euro ne choisit pas ses taux : c’est la BCE. Son seul outil national de court terme, c’est le budget. Et « relancer », ce n’est pas seulement dépenser plus : baisser les impôts ou les cotisations, c’est aussi de la relance.
Pour anticiper
Les dates à suivre : les réunions de politique monétaire de la BCE (toutes les six semaines environ), la présentation du projet de loi de finances à l’automne, et les avis du Haut Conseil des finances publiques. Quand budget et taux se durcissent en même temps, comme en 2026, le frein sur l’activité est maximal.
Les rendez-vous à suivre : les réunions de la BCE (environ toutes les six semaines), la présentation du budget de l’État à l’automne, et les avis du Haut Conseil des finances publiques. Quand le budget et les taux se resserrent en même temps, comme en 2026, l’activité freine fort.
À retenir
Deux leviers : budget (gouvernement et Parlement) et taux (BCE). Relance ou rigueur. Stabilisateurs automatiques. Choc de demande : pas de dilemme ; choc d’offre : arbitrage entre inflation et activité.
Deux outils : le budget (l’État) et les taux (la BCE). On relance ou on freine. Certains amortisseurs jouent tout seuls. Si la demande s’effondre, tout va dans le même sens ; si les coûts flambent, il faut choisir entre inflation et activité.